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Cela faisait presque trois semaines que Rufus avait
quitté sa chère Rome, Cinq jours sur un navire de commerce
lui avait permis de faire connaissance avec les caprices de « Mare Nostrum », par deux fois, il avait cru sa dernière heure
venue, s’imaginant rejoindre Neptune dans les profondeurs de la
mer. Seul, l’air imperturbable du capitaine et de ses marins l’avait
finalement persuadé qu’il avait une petite chance de reposer
un jour le Pied sur la terre ferme.
Son séjour à Massilia dura très peu de temps. A
peine débarqué, il lui fallait trouver un autre navire
en partance vers Fossae- Marianae pour réembarquer sur le Taranis,
un bateau fluvial qui remonterait le Rhodanus promettant enfin une dernière
partie de voyage bien plus paisible.
La navigation fluviale, bien plus calme…tellement calme d’ailleurs
que Rufus s’ennuyait ferme. Cette inaction forcée était
propice à la mélancolie : ah ! Rome ! Tout lui manquait,
même l’odeur d’urine épouvantablement acre de
la tannerie du coin de la rue lui faisait pousser un soupir de nostalgie.
Pour comble, passé Lugdunum, le navire quittait le Rhodanus pour
l’Arar, un fleuve si placide que l’usage intensif de la rame
s’imposait, à tel point que Rufus se demandait s’il
n’arriverait pas plus vite à Pied !
« Réveille-toi, jeune romain ! » lui
lança le capitaine du bateau, un vieux gaulois borgne à la
barbe rousse : « Tu vois cette petite rivière à ta
gauche ? C’est ici que tu débarques ! Un chemin la longe
jusqu’au castrum de la VIIIème légion qui est à une
demi-journée de marche, c’est la fin de ton long voyage… ».
Ce n’était pas une voie romaine à proprement parler
mais une large route aménagée et parfaitement adaptée à la
circulation des lourds chariots d’intendance de la légion.
Tout au long du chemin, il eut l’occasion d’en voir à plusieurs
reprises ainsi que des cavaliers et une multitude de civils marchant
d’un pas décidé. Que de monde en cet endroit perdu
!
En s’approchant du camp, le trafic se faisait plus intense encore.
Au loin, Rufus devina une longue masse blanchâtre flanquée
de nombreuses tours en fer à cheval, impressionnantes et dissuasives
: il était enfin arrivé !
A cet instant même, son estomac se noua, certes, il n’avait
pas mangé depuis plusieurs heures, mais une certaine inquiétude
lui causa des dérangements intestinaux qu’il lui fallut
soulager illico derrière le premier buisson. Les boyaux allégés
mais l’esprit toujours angoissé, il se résolut à donner
le change et à avancer fièrement vers l’entrée
du camp : après tout, il était fils de sénateur
romain, il représentait Rome dans un pays que la plupart des siens
estimait encore semi barbare, il lui fallait donc avancer prestement,
le menton tendu vers l’avant, l’air décidé,
un rien arrogant.
Devant l’entrée principale composée de deux gigantesques
portes juxtaposées à double- battants, en bois renforcé de
bronze, de plus de vingt Pieds
de hauteur, étaient postés
quatre légionnaires en faction, trois au niveau de la porte « entrante » et
le dernier près de la porte « sortante ».
Chaque entrée de civil était minutieusement contrôlée.
Rufus se présenta à l’un des gardes en faction :
« Salve ! Miles,
je suis Publius Aurelius Rufus le jeune, fils du sénateur
Aurelius Rufus et je désirerai voir votre légat !
- Et moi…. Je suis le Pontifex
Maximus et je désirerai déflorer
toutes les vestales de Rome ! lui répliqua le garde ce qui déclencha
aussitôt une crise de fou rire chez les trois autres légionnaires.
- Fils de sénateur ! A Pied ! Dans cette tenue ! Avec ton baluchon,
ton air niais ! En plus tu sens le Cacat !
Ne me prends pas pour un attardé de
germain et fiche-moi le camp au plus vite avant que je te botte les fesses,
jeune insolent ! »
Interloqué par ces paroles –il en avait pourtant entendu
d’autres dans les bas-fonds de Subure- Rufus resta interdit l’espace
d’un instant puis se ressaisit bien vite, il sortit de sa Pera
la lettre officielle de son père et rétorqua :
« Puisque tu es Pontifex
Maximus, tu ne peux que reconnaître le sceau
d’un sénateur romain, regarde donc un peu ce cachet de cire ! »
L’hilarité générale n’était plus
de mise, le planton se saisit de la lettre et examina le cachet.
Le doute imposa le silence seulement interrompu par quelques raclements
de gorge gênés.
« Quintus ! Va me chercher le Tesserarius de
garde, il dit peut être
vrai ! »
Le malentendu résolu, Rufus accompagné du Tesserarius franchit
la porte d’entrée, pénétrant à l’intérieur
de l’enceinte par la Via
praetoria qui menait directement aux quartiers
du légat.
Bien sûr, ce n’était pas Rome, mais ce camp donnait
l’impression d’être une ville à lui seul ou
plutôt une de ces nombreuses colonies que les romains avaient au
cours des siècles disséminées tout autour de la
Méditerranée. Une cité faite d’un quadrillage
parfait de rues ordonnées à partir de deux axes perpendiculaires
se rejoignant au Principia,
le cœur même du castrum. L’immensité de
ce camp, son aspect inachevé surprit Rufus : de l’extérieur,
fossés et remparts étaient opérationnels et ne laissaient
pas deviner l’énorme chantier qui bourdonnait à l’intérieur
de l’enceinte.
A quelques pas de l’entrée, sur main droite, longeant la
Via
praetoria, un grand bâtiment sortait à peine de terre,
promettant de devenir très certainement les futurs thermes de
la légion. Une énorme Chèvre secondait
efficacement les ouvriers dans l’accomplissement de leur dur labeur
tandis que deux d’entre eux préparaient le Mortarium à grand
renfort de pelles et de truelles. Sur main gauche, une multitude de Papillio
parfaitement alignés soulignaient bien que l’hébergement
en dur des légionnaires ne semblait pas être la priorité absolue
du légat.
Rufus et le sous-officier de garde avançaient sur l’une
des deux voies principales du camp, elle devait bien faire 100 Pieds
de large et aboutissait au Praetorium,
le quartier général
de la légion. C’était, avec l’enceinte, le
seul bâtiment qui donnait l’impression d’être
achevé.
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