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Meurtre au Prætorium

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Au même instant à Rome…

Le soleil inondait généreusement les collines de l’Aventin et réchauffait de ses juvéniles rayons matinaux la pergula d’une opulente domus patricienne. De là, on pouvait apercevoir vers l’ouest le trafic incessant de petits navires marchands qui remontaient le Tibre jusqu’à l’Emporium, les entrailles vibrionnantes de l’Urbs. Telles des chenilles processionnaires, les embarcations halées par des chevaux encombraient le fleuve du port d’Ostie jusqu’aux quais de débarquement qui leur incombaient en fonction de la marchandise transportée. Tous les produits de l’empire et du monde barbare semblaient s’être donné rendez-vous à cet endroit. Du vital pour le peuple de Rome, le blé d’Egypte et le vin de Gaule au précieux exotique pour l’aristocratie, les larmes des oiseaux de mer de la Baltia ou les soieries chatoyantes de Sina. Les bruits sourds des débardeurs affairés sur les quais remontaient distinctement, atténués par la distance mais portés par un vent d’ouest, fils terrestre de la brise de mer tyrrhénienne. Tandis que les grues à roues enlèvent des cales les précieuses cargaisons, esclaves, marchands, artisans, employés du service de l’annone, bateliers et armateurs formaient un tableau lointain composé de tâches multicolores de moins en moins nombreuses au fur et à mesure que l’on s’éloignait des bords du Tibre. Toute cette agitation mercantile contrastait avec le calme de la domus où les esclaves, d’une discrétion remarquable, s’affairaient silencieusement comme s’ils ne voulaient pas troubler le chant matinal des oiseaux en cage, le craquettement lointain des cigales locataires indélogeables des cyprès romains ou le doux murmure des jets d’eau en cascade.

C’était presque l’heure où le dominus recevait ses clients habituels. Mais, aujourd’hui, pour eux, la porte d’entrée resterait close. Le maître des lieux attendait avec impatience une visite d’une extrême importance…

Le janitor fit entrer un voyageur passablement fatigué et partit aussitôt prévenir son maître. Sans attendre, celui-ci se précipita à la rencontre du nouvel arrivant.

L’homme d’environ vingt-cinq ans semblait cruellement manquer de sommeil. Ses yeux fatigués lui donnaient un regard inquiétant et les cernes sous ses paupières ressemblaient à des sillons profondément creusés par un araire. Ses cheveux noirs s’étaient rebellés durant le voyage et ramenés à la raison ils auraient composé une étrange coupe au bol bien inhabituelle même dans les milieux les plus interlopes de Rome. Ses vêtements empoussiérés et une forte odeur corporelle indiquaient que l’individu devait venir de loin. Après une profonde inspiration qui soulignait que le voyageur devait surmonter sa fatigue, il prit la parole révélant un fort accent en provenance de la Gaule narbonaise:

« Salve ! Ca va ou quoi ? »

Cette familiarité soudaine surprit le dominus :

« Mon cher Titus ! Tu t’adresses à un sénateur, ne l’oublie pas… Je mettrai ce genre de familiarité sur le compte de la fatigue causée par ce long voyage !
J’attends ton compte rendu… »

Se rendant compte de sa bévue, Titus marqua une pose afin de reprendre ses esprits. Ce coup-ci, les mots seraient pesés, les phrases décomposées par le cerveau et la langue férocement disciplinée :

« L’opération s’est déroulée comme prévu. Sa femme et son médecin ont été éliminés par mes soins. J’ai même enlevé le jocur de Calpurnia histoire d’embrouiller et de faire croire à un sacrifice rituel. Par chance, les soupçons se sont rapidement portés sur le fils d’un sénateur qui avait cru malin de cocufier le légat ! A l’heure qu’il est, mes hommes ont dû procéder à la substitution…

- Parfait ! Vraiment parfait ! Tous les proches de Frontinius éliminés, notre nouveau Frontinius va pouvoir entrer en scène… Qui soupçonnerait un intime de l’empereur ? C’est vraiment un plan diabolique ! Ton équipe et toi avez fait un bon travail et je saurai vous récompenser royalement.

- Euh…Il y a quand même un petit problème…Ajax, l’esclave personnel de Frontinius a disparu. C’est l’un des seuls à pouvoir se rendre compte de la supercherie…

- Ce n’est qu’un esclave, qui le croirait ? Mais tu as raison, mieux vaut être prudent ! Il faut le retrouver et l’éliminer : une opération de cette envergure ne doit pas échouer et mon ambition ne saurait être contrariée à cause d’un misérable serviteur ! Va te laver, tu sens le fauve ! Mange et repose toi bien, demain tu repars pour le camp de la VIIIème légion.»

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