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Mettius Pompusianus, maître de ces lieux, sénateur romain, en vue pour le consulat, l’un des romains les plus riches et les plus influents ne rêvait que d’une seule chose : revêtir la pourpre impériale. Depuis que son horoscope à la mort de Néron lui avait prédit l’empire, son unique obsession avait été d’échafauder un plan pour renverser Vespasianus. Quelques appuis chez les sénateurs, d’excellentes relations avec des officiers de la garde prétorienne, suffisamment d’argent pour acheter les influents les plus cupides, tout cela aurait dû suffire en temps normal. Seulement voilà, Vespasianus était populaire et il avait le mérite d’avoir instauré un minimum de sagesse et de stabilité dans un empire qui avait connu avant son accession Néron et trois empereurs en moins de deux ans.

Il fallait donc le faire assassiner, mettre ses deux fils hors-jeu, passer au yeux du peuple pour le sauveur de Rome, le tout sans que quiconque ne soupçonna son implication dans cette affaire. Facile à concevoir mais comment agir concrètement ?

Voilà il y a encore quelques mois où en était Pompusianus dans ses élucubrations quand un jour, le hasard vint à sa rescousse. Alors qu’il visitait l’un de ses nombreux domaines du Latium, quelle ne fut pas sa surprise de tomber nez à nez avec un de ses esclaves, sosie parfait d’un des intimes de l’empereur. Le portrait craché de Frontinius ! Un jumeau avec seulement quelques kilos de moins : le même âge, le même visage, la même allure générale et la même taille. Alors qu’au dernier recensement, il avait écouté d’une oreille distraite son intendant général l’informer du nombre total de ses esclaves Ubi et Orbi : huit cent quatre vingt treize ! Mettius Pompusianus pour la première fois de sa vie s’intéressa vivement à un seul simple esclave. Il lui adressa même la parole se montrant amicale à la plus grande stupéfaction de tous. C’était trop beau ! Non seulement le sosie parlait un excellent latin mais en plus, il semblait plutôt dégourdi. Pour le sénateur, tous les morceaux du puzzle jusqu’ici insoluble s’assemblaient par miracle : il avait son cheval de Troie et tout le reste ne serait que des détails à régler. C’était un esclave, il fallait en faire un patricien. La voix n’était pas tout à fait la même mais avec du travail…Quelques kilos à prendre ? Son coquus personnel se chargerait de la besogne ! Accepterait-il ? Question stupide ! Un esclave a-t-il le choix ? Un refus et sa vie misérable pourrait s’achever illico. Un accord et il avait la possibilité d’accéder à un monde infiniment plus confortable. Avec un peu de temps et beaucoup de travail, il pourrait donner le change au plus grand nombre.

Il restait à l’ambitieux comploteur à prendre contact avec des alliés sûrs dans la garde prétorienne et au Sénat, plus que ses propres amis, Pompusianus misait avant tout sur certains arrivistes déçus et autres courtisans en disgrâce quant aux autres, indispensables à la réussite de son plan, il n’est nul homme qui n’ait son prix : la corruption est un sport romain par excellence…

Le plus embêtant, c’est que tout le monde savait que le vrai Frontinius se trouvait en Gaule à la tête d’une légion et non à Rome dans le palais impérial.

Qu’importe ! La substitution s’opèrerait loin de l’Urbs, ce ne serait pas une mauvaise chose : si l’opération devait échouer, il serait plus compliqué de remonter jusqu’à lui. Si elle réussissait, il suffisait d’être patient et d’attendre le retour à Rome du Pseudo-Frontinius afin de procéder à la phase cruciale de son plan : l’assassinat de l’empereur…

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