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Legion VIII Augusta
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La visite quotidienne de Jactor fut bien plus appréciée : la dureté apparente du personnage n’était qu’un habit protecteur qui revêtait une âme sensible à défaut d’être délicate. Avec le temps, l’animal finissait par se laisser approcher et faisait montre parfois d’une certaine tendresse à la fois bourrue et maladroite. Ainsi, le monstre qui avait condamné Rufus aux « travaux forcés » parce qu’il lui trouvait la paume des mains trop tendre, venait voir tous les jours son protégé. Il ne savait trop comment lui parler : ce n’était pas son fils ni son neveu, il était trop jeune pour être un compagnon d’armes, ce n’était pas non plus un collègue arpenteur mais son disciple, fils d’un de ses plus vieux amis. Seulement voilà, les circonstances ne se prêtaient pas trop à parler travail quant aux souvenirs des turpitudes de jeunesse de Rufus l’Ancien et de Jactor…Mieux valait se taire, c’était plus prudent !

Ils échangeaient donc quelques banalités, chacun espérant que Pollex, rarement occupé ces temps-ci, finirait par se mêler à leur semblant de conversation, histoire d’amener un peu de fantaisie qui meublerait utilement les silences bien plus présents que les mots.
Une préoccupation toutefois revenait systématiquement sur le tapis : qui était l’assassin ? Où en était l’enquête ? Pour l’instant le flou le plus total régnait et la nouvelle de la découverte du corps d’Hermogène d’Halicarnasse rendait plus opaque encore cette nébuleuse affaire.

Gellius, de retour au statio expulsa tous les statores présents pour rester en tête à tête avec Bellijocus Maximus à qui il raconta par le détail sa spectaculaire découverte :

« Vois-tu mon bon Bellijocus, tu es la seule personne en qui je peux avoir confiance : versari in lubrico et jusqu’au cou en plus ! Je n’y comprends plus rien ! Qui est Frontinius ? Le cadavre ou celui qui est encore en vie ?
Et si c’est le cadavre ? Comment faire avec l’imposteur ? Comment le démasquer ? Si on commence à comprendre pourquoi Calpurnia a été assassinée, on ne sait toujours pas par qui et finalement la situation est quasi insoluble !

- Ecoute voir tribun… Dans ces cas là, le mieux c’est de gagner du temps et de faire le stultus : ne dis pas à Frontinius –si c’est lui- que tu as découvert « son cadavre » parle seulement d’Hermogène. Pour ma part je vais essayer de me renseigner auprès des esclaves sur tout événement insolite qui se serait déroulé récemment au praetorium et qui pourrait nous donner une piste. De toute façon, si le vrai Frontinius est mort, il ne faut surtout pas annoncer à son imposteur ce que tu as découvert sinon tes jours seraient en danger : n’oublie pas qu’aux yeux de plus de cinq mille légionnaires, le légat est à son poste et il est tout puissant… »

Jamais l’avis de simples esclaves ne prit autant d’importance que dans cette enquête. Bellijocus se chargea lui-même de les interroger : il fallait agir avec tact c'est-à-dire obtenir un maximum de renseignements sans laisser supposer quoi que se soit d’iconoclaste. Au final, la plupart des serviteurs n’avaient pas remarqué de changements notables chez Frontinius si ce n’est sa voix plus enrouée mais le légat avait pris froid il y a peu. Tous s’accordaient cependant pour dire que la disparition d’Ajax qu’ils considéraient tous comme l’âme damnée de Frontinius était étrange et qu’elle avait certainement un rapport direct avec ces deux meurtres.

La nuit commençait à tomber sur le camp et la rue principale du vicus s’animait d’autant : de nombreux légionnaires ayant terminé leur service rejoignaient qui leur concubine et leurs rejetons, qui les tavernes animées où le vin coulait à flot et ou les ossiluci voltigeaient entre des doigts experts. Fortunata l’incontournable matrone (à tous les sens du terme disaient les mauvaises langues) s’était accordé un de ses très rares instants de répit dans sa longue journée de tenancière de thermopolium. Elle prenait l’air à l’entrée de son commerce permettant à ses oreilles de se reposer un peu du brouhaha infernal qui sévissait à l’intérieur. Fortunata ne perdait jamais le Nord : c’était aussi une occasion de mettre le nez dehors pour voir ce qu’il se passait dans la rue et pour, sait-on jamais, repérer un éventuel client qu’elle n’hésiterait pas grâce à un bagou impressionnant à « inviter » chez elle.

« Tiens ? Mais c’est ce cher Titus ! Cela faisait un bail qu’on ne t’avait pas vu dans le coin, on te croyait parti pour Rome ! Déjà de retour ? Allons viens faire un petit tour chez la brave Fortunata, tu me raconteras les derniers potins romains, ça me changera de ce trou à rats gaulois… »

La voix de Fortunata portait loin et était reconnaissable entre toutes : haut perchée et gouailleuse à l’excès, même les légionnaires qui n’avaient jamais fréquenté son thermopolium arrivaient sans mal à l’identifier.
A quelques pas de là, entendant la matrone prononcer le nom de Titus, un homme qui cherchait à se faire passer pour une ombre sursauta :

« Quoi ? Il est déjà de retour ? Voilà qui est embarrassant… Il va falloir agir au plus vite et mettre le piège en place » songea l’individu.

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