Legion VIII Augusta
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Meurtre au Prætorium

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« Il est de retour !
Enfin, ce n’est pas trop tôt ! Je commençais à en avoir assez de cette situation ridicule…Gardes ! Qu’on aille me chercher le tribun Gellius sur le champ ! »

Le tablinum du légat était péniblement éclairé par de trop rares candelabrii allumés depuis peu, la nuit n’allait pas tarder à supplanter définitivement les dernières lueurs du jour. Il régnait depuis quelques minutes une atmosphère électrique au sein du praetorium. Depuis plusieurs jours, une ambiance amorphe avait succédé comme par contre coup aux journées d’affolement qui avaient suivi le meurtre de Calpurnia. Il avait fallu qu’Ajax réapparaisse comme par enchantement pour que tout s’accélère…

Quelques minutes plus tard, le tribun des statores se présenta, l’air vaguement inquiet devant Frontinius :

«  Gellius ! Dis moi mon ami…Tu m’as informé de la mort d’Hermogène mais es-tu sûr de tout m’avoir dit à ce sujet ? »

Il est des moments dans l’existence où il faut réfléchir vite : vite et juste. Le fait même que Frontinius –si c’est bien lui- pose ce genre de question signifie qu’il sait tout ou qu’en tous cas il subodore que la version officielle est inexacte. Mieux vaut ne pas finasser mon brave Gellius, déballe tout, si Frontinius est Frontinius il n’apprécierait pas qu’on se moque de lui ; si un imposteur a pris sa place…De toute façon, sans preuve, le pauvre petit tribun est à la merci du légat « officiel » de la légion VIII :

«  Pour tout te dire, légat, il y avait bien un autre corps qui gisait non loin de celui d’Hermogène mais si je te disais de qui il s’agit, tu ne me croirais jamais…
Moi ? Peut être ?
Eff…En effet ! Mais comment le sais-tu ? »

C’est à cet instant précis, qu’Ajax, jusqu’à présent tapis dans le recoin le plus sombre de la pièce, décida d’intervenir dans la conversation :

«  Le légat sait tout car je lui ai tout dit ! Je comprends ta stupéfaction Gellius…Je suis sensé avoir disparu depuis le meurtre de Calpurnia et me revoilà, tout d’un coup…Cela mérite quelques explications si notre légat me le permet ? »

Frontinius opina de la tête, la situation pouvait en effet paraître plutôt confuse pour le commun des mortels :

«  Tout ceci est une longue histoire…tout d’abord, sache noble tribun que je ne suis pas un vrai esclave et qu’Ajax n’est pas mon véritable nom. Je me nomme Aegidius Aurifex et je suis un speculator de l’empereur chargé directement par lui de la surveillance et de la protection de ses proches, Frontinius en l’occurrence. Le meurtre de Calpurnia a tout déclanché : J’étais au courant de la liaison entre elle et le jeune Rufus, j’en avais même informé le légat mais j’ai été aussi stupéfait que tout le monde quand j’ai appris son assassinat. Comme je ne croyais pas, malgré les apparences que Rufus soit le coupable, j’ai pris la décision après avoir informé Frontinius de ma véritable identité de disparaître un temps afin de pouvoir mener seul mon enquête dans l’ombre. »

Gellius suspendu à ses lèvres, cherchait la lumière qui, enfin l’éloignerait du brouillard opaque dans lequel il stationnait désespérément depuis le début de l’enquête. Il se doutait bien que la disparition d’Ajax avait une relation directe avec le crime mais il était loin de se douter de sa véritable identité.

«  Une surveillance discrète et assidue de l’entourage du légat m’a permis de découvrir le pot aux roses : un complot se tramait pour remplacer Frontinius par un sosie quasi-parfait, mais avant de procéder à la substitution, il fallait que les comploteurs éliminent les personnes les plus proches du légat, celles qui auraient été susceptibles de découvrir la supercherie, c'est-à-dire sa femme et son médecin personnel. Malheureusement pour Hermogène, le protéger, c’était éventer la conspiration avant d’avoir identifié les protagonistes. C’est pour cette raison qu’en accord avec Frontinius, nous avons laissé le champ libre pour son élimination. Ensuite tout s’est accéléré : le pseudo légat a été trucidé par mes soins alors qu’il cherchait à s’introduire de nuit dans le praetorium afin d’assassiner Frontinius. Par la suite, j’ai convaincu l’original de se faire passer pour sa doublure ce qui me laissait davantage de temps pour essayer de découvrir le chef de ce sinistre complot. Les gredins se sont débarrassés du corps du sosie pensant qu’il s’agissait du vrai légat mais ils ne se sont pas montrés très prudents puisque tu as découvert les deux corps non loin d’ici ce qui a dû te laisser pour le moins perplexe…N’est-ce pas ?
c’est le moins qu’on puisse dire ! Imaginez un peu…Je quitte mon légat installé bien au chaud dans son praetorium pour le retrouver une heure plus tard raide comme la justice dans un coin improbable à quelques milles du camp… un doute m’assaille et je le retrouve bien vivant de retour au camp !!! Les Dieux sont parfois farceurs mais là !!!
Je comprends ton désappointement –répliqua Frontinius- mais il était encore trop tôt pour te mettre dans la confidence. Depuis nous avons repéré grâce à mon « usurpation d’identité » tous les conspirateurs et nous n’attendions plus que le retour de leur chef de Rome pour passer à l’action.
Justement ! Je viens de le voir il y a moins d’une heure dans le vicus en train de parler avec Fortunata –rétorqua Aegidius- Il s’agit d’un certain Titus et nous avons besoin de tes hommes, Gellius, pour l’arrêter lui ainsi que ses sbires. »

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