Legion VIII Augusta
- Accueil
Meurtre au Prætorium

- Roman

- Glossaire


voir ou laisser un commentaire [19] 

Cela faisait cinq jours que Rufus se morfondait au valetudinarium de la VIIIème légion.
Pensionnaire obligé, il passait le plus clair de ses journées à chercher un peu de compagnie auprès des légionnaires les plus valides qui déambulaient souvent avec peu de prestance le long des galeries de l’hôpital. Avec ses béquilles et son pied endolori, il se trouvait fort limité dans ses déplacements. Inutile d’envisager un long périple : une trentaine de pas de part et d’autre de sa chambre, c’était le grand maximum. La station debout, trop longtemps maintenue, lançait une douleur intense au niveau de son coup de pied traumatisé. Il avait pu une fois s’enhardir sur une bonne cinquantaine de pas pour aller voir un ex-voto planté de l’autre côté de la cour. Arrivé suffisamment près, il put lire gravé sur la pierre :
« Les hommes pieux qui veulent verser leur obole à Esculape n’ont qu’à la mettre dans ce trône ; avec cela on fera une offrande quelconque à Esculape. »
Pfff ! Comme si Esculape ou toute autre divinité pouvaient être d’un quelconque secours pour les éclopés de ce valetudinarium pensa-t-il avant d’insérer un Dupondius dans le tronc :
Après tout, on ne sait jamais, et puis inutile d’offenser les Dieux avec des pensées impures…

Les rares conversations qu’il pouvait avoir avec les légionnaires malades ou blessés s’achevaient bien vite. Pas le même milieu social, ni les mêmes origines, pas la même culture, ni le même accent…Seuls les officiers supérieurs et quelques rares centurions venaient de l’Urbs comme lui et certains avaient pu fréquenter les mêmes tripots ou les mêmes lupanars, à coup sûr matière à discussions bien plus passionnantes !
Au comble de l’ennui, il en venait presque à regretter les travaux de terrassement, Rufus fit une découverte propre à chasser la morosité quotidienne :
Depuis deux jours déjà, il l’avait aperçue furtivement mais à chaque fois il se trouvait trop loin pour l’apprécier à sa juste valeur. Ce coup ci, la chance était avec lui. Instinctivement, il avait su se trouver au bon endroit et au bon moment. Il l’avait vue entrer chez le capsarius, il lui suffisait donc d’être à proximité de la porte à sa sortie pour pouvoir l’admirer.
Une femme ! Une romaine qui plus est ! La prestance et la tenue d’une patricienne ! Dans un camp de légionnaires romains cela tenait presque du miracle. Seuls les légats et éventuellement quelques tribuns pouvaient être accompagnés par leurs épouses lors de leurs affectations diverses. Rares, cependant, étaient les femmes suffisamment amoureuses ou dociles pour suivre leurs époux aux confins de l’Empire.
La plupart du temps, les officiers préféraient les laisser à Rome et prendre une ou plusieurs esclaves locales pour assouvir leurs appétits sexuels.
Mais là ! Pas l’ombre d’un doute dans l’esprit de Rufus, c’était bel et bien une romaine qu’il avait aperçue, Il lui suffisait donc d’être patient…

Elle sortit, il croisa son regard, ses yeux gris vert et ne remarqua même pas que cette créature aurait presque pu être sa mère.
Elle devait avoir environ trente cinq ans, un âge mûr pour une romaine, canonique pour une esclave. Chez une patricienne par contre, plutôt protégée des aléas de la vie, la peau pouvait encore être douce et presque lisse.
Ses cheveux châtain foncé bien entretenus et savamment coiffés contribuaient à souligner son port de tête gracieux et altier. Cette ravissante personne n’avait probablement pas eu à supporter les affres de multiples accouchements : son ventre était plat, les seins encore fermes et les hanches n’avaient que modérément eu à souffrir du poids des ans. C’était du moins ce que laissait entrevoir une Stola orange vif plutôt moulante tout en sachant rester sage comme en portaient toutes les matrones qui voulaient être à la dernière mode de Rome.
Rufus eut suffisamment de temps pour contempler son visage. Quelques rides d’expressions autour d’une bouche sensuelle, de très légères pattes d’oies, un nez un peu long, légèrement aquilin mais plein de charme. Le « temps qui passe » s’était comporté avec la dame comme le plus parfait des gentlemen : il n’avait pas eu l’outrecuidance de faire croire à tous à une jeunesse perdue. Au contraire, à coup de petites touches discrètes, il avait apporté davantage de noblesse et de charme à un visage déjà élégant.

Leurs regards se croisèrent mais Rufus ne lui adressa pas la parole. Pour la première fois de sa vie, il était timide devant une dame. Petit garçon, il minaudait devant les amies de sa mère, se cachait parfois derrière elle ou rougissait quand on lui adressait la parole mais très vite, il cherchait à se rendre intéressant testant sans le savoir son pouvoir de séduction de petit démon angélique.
Adolescent, il lui fallait affirmer sa virilité plus auprès de ses camarades que des demoiselles qu’il fréquentait.
Jeune homme, il trouva plus pratique et plus jouissif de perfectionner « l’art de la chose » auprès d’exotiques lupae : pas de sentiments ou si peu et de l’action… Beaucoup d’action !
Etait-il en train de devenir adulte ou les circonstances s’y prêtaient-elles ? Toujours est-il que Rufus éprouva en un seul regard pour une femme de quinze ans plus âgée un sentiment étrange qu’il ignorait jusqu’alors.
Il se renseignerait : qui était-elle ? Comment la rencontrer ? Comment parviendrait-il à la séduire ? Désormais, il avait un but, guérir au plus vite, bien plus intéressant que de tenir compagnie à cet affreux Jactor.

précédent  

 

Accueil
(haut de page)

 

 

Légion VIII Augusta® est une marque déposée auprès de l'INPI
Copyright © 2000 - Légion VIII Augusta® Tous droits réservés. Conditions d'utilisation - Confidentialité

Page générée en 0.012 secondes.