Legion VIII Augusta
- Accueil
Meurtre au Prætorium

- Roman

- Glossaire


voir ou laisser un commentaire [19] 

Celui-ci ne tarda d’ailleurs pas à se manifester. Alors que la belle s’éloignait déjà, le plus méchant de tous les hommes fit son apparition accompagné par trois de ses « sbires ».
Parmi eux, Cadurcus qui tenait un bien étrange appareil tandis que les deux autres transportaient de longs jalons qui devaient bien faire dix pieds de long.
« Mon petit Rufus….entonna Jactor d’un air à la fois joyeux et décidé… Puisque tu ne peux pas trop te déplacer pour l’instant et que j’ai moi-même aujourd’hui quelque temps de libre, tu vas recevoir ton premier cours ! »
A cet instant même, l’esprit du jeune homme ne le prédisposait pas vraiment à ce genre d’occupation, mais avait-il le choix ? Pouvait-il se permettre de snober son nouveau tuteur alors que celui-ci commençait, lui semblait-il, à quelque peu s’adoucir…
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Rufus décida de se montrer un élève attentif à défaut d’être passionné. Il prit les devants et posa la question qui s’imposait :
« Quel est donc cet étrange appareil entre les mains de Cadurcus ?
- Ca fiston ! Ca s’appelle une Groma et c’est l’instrument de base de tout agrimensor qui se respecte ! »
- Et les grandes perches qui l’accompagnent sont des jalons que nous appelons Decempedae parce qu’ils mesurent dix pieds et servent à effectuer des mesures mais aussi à pratiquer l’alignement de jalons » rajouta Cadurcus qui s’était cru obligé de signaler sa présence par cette remarque.
Fiston ??? Rufus n’en croyait pas ses oreilles ! Cet ogre insensible et sadique a bien prononcé le mot « fiston » ? Ce « père de substitution » ne manquait pas de toupet : après l’avoir condamné aux travaux forcés, ne voilà t-il pas qu’il faisait dans le paternalisme bon enfant maintenant !!!
« Et comment fonctionne ce curieux instrument père Jactor ? »
Ce dernier fort surpris par ce qualificatif familier marqua un temps d’arrêt puis répondit :
« Eh bien… Comme tu peux le constater, la partie supérieure de l'instrument est composée d'une croix à quatre branches perpendiculaires de dimensions égales qui servent d'équerre de direction ; à chacune des branches est suspendu un Perpendiculum. » En même temps qu’il expliquait, Jactor montrait du doigt les différentes parties de la Groma :
« Ce dispositif est fixé sur le bras de recherche métallique que tu vois là et qui est relié à un long pied servant à la mise en station. Suivant la consistance du terrain, le pied muni d'une pointe à son extrémité inférieure peut être fiché en terre ; mais si le sol est trop instable ou trop dur comme dans cette cour, on peut utiliser à un trépied métallique pour stabiliser le tout. »
Pas de doute, l’homme connaissait son sujet. Rufus n’eut même pas le temps de poser une autre question : Jactor poursuivait :
« Une fois la Groma installée à l'endroit souhaité par l'agrimensor et l'équerre de visée positionnée dans la direction voulue, les opérations peuvent commencer :
dans l'axe de visée de l'oeil, le premier fil à plomb cache le second fil et tout jalon ou toute perche positionné dans cet axe est forcément aligné par rapport aux fils à plombs qui ont servi pour la visée. On peut ainsi obtenir un alignement parfait de perches sur une distance raisonnable. Mais…Je pense qu’une bonne démonstration vaut mieux qu’un long discours….Allez ! Les Horribile, en place. Vous connaissez la manœuvre…Au boulot ! »
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la Groma était mise en station et les porteurs de jalons attendaient à leur poste, prêts pour la démonstration.
Rufus s’approcha de l’appareil, avec l’aide de Jactor. Il allait procéder à son premier alignement de Decempedae…Dans la cour d’un valetudinarium, sous l’œil étonné des rares éclopés de la légion qui déambulaient sous les arcades des galeries.
« Maintenant que tu as compris le principe de fonctionnement de cet instrument, je vais pouvoir te laisser un manuscrit qui m’est fort précieux, il a été écrit par Hyginus Groma ticus et traite de toutes les opérations de cadastration et de bornage qui peuvent être réalisées grâce à la Groma . »
Joignant le geste à la parole, l’evocatus tendit à son protégé un imposant Volumen : de quoi occuper son séjour forcé entre ces murs.

De l’occupation pour les jours à venir, mais la préoccupation majeure d’Aurelius Rufus le jeune était de tout autre ordre : Qui était cette belle inconnue ? Le mieux serait de demander à Pollex, après tout, ne venait-elle pas de sortir de son officine ?
Rufus devança l’heure des soins. N’y tenant plus, il se dirigea vers l’antre du capsarius. Il prétexterait une douleur pénible…
« Salve ! Capsarius ! Je viens te voir car j’aurais besoin de calmer la douleur de mon pied blessé, je me le suis cogné contre une marche et il me fait mal !
- Je vais appliquer sur ton pied un morceau de viande de bœuf cru pour apaiser la douleur du coup, puis j’appliquerai un onguent et referai ton bandage…Mais ne fais pas trop ta « chochote »…Nombreux sont ceux qui sont en plus mauvais état que toi ici !
- Dis-moi, Pollex…Qui est cette charmante romaine que tu soignes ? Je l’ai croisée il y a quelques minutes !
- Je te vois venir de loin jeune coq ! Pas la peine de pointer ta crista dans sa direction ! La belle Calpurnia est propriété privée du légat. Si tu ne veux pas finir à la broche je te conseille d’éviter la parade nuptiale. Frontinus est du genre jaloux irascible dès qu’on approche de sa femme ! Je te sugère plutôt dès que tu iras mieux et si ça te démange trop d’aller faire un tour dans les Cannabae proches du camp, tu y trouveras quelques gauloises fort accortes qui se damneraient pour sortir avec un fils de sénateur romain ! »
La femme du légat…Rien que ça ! Rufus était en train de s’imaginer la tête de son père s’il apprenait que son fils courtisait l’épouse d’une des personnalités en vue au palais de l’empereur. Les mœurs de l’époque de Messaline étaient passées de mode dans l’entourage du «vertueux » Vespasien. L’odeur du scandale l’amusait bien plus que les conséquences néfastes qu’il pourrait entraîner ne l’inquiétaient.
Bien plus que toutes ces considérations, un sentiment très fort envahissait Rufus : il lui fallait posséder cette femme. Il ne savait pas très bien si c’était pour une nuit ou pour la vie mais il la lui fallait.

Le destin allait lui donner un sérieux coup de pouce. Sextius Julius Frontinus devait partir la semaine suivante pour Lugdunum. Le légat envisageait déjà la suite de sa carrière : il souhaitait obtenir le poste de curateur des eaux à Rome mais pour cela, il lui fallait acquérir quelques compétences dans le domaine. Il allait donc passer deux mois près de la capitale des Gaules à étudier les différents aqueducs qui la pourvoyaient en eau.

précédent  

 

Accueil
(haut de page)

 

 

Légion VIII Augusta® est une marque déposée auprès de l'INPI
Copyright © 2000 - Légion VIII Augusta® Tous droits réservés. Conditions d'utilisation - Confidentialité

Page générée en 0.04 secondes.