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Meurtre au Prætorium

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Au fil des semaines, ses connaissances et ses compétences s’affinaient : Rufus apprenait vite à la plus grande satisfaction de Jactor. Ce dernier voyait dans le fils de son vieil ami sénateur, un futur « collègue » qui ne manquerait pas d’occuper un poste important dans l’administration impériale : trop souvent, les aristocrates romains privilégiaient l’étude du droit ou de l’agronomie et délaissaient les aspects plus techniques du savoir.

Il était temps pour l’evocatus d’évaluer sérieusement son disciple : un relevé complet des mesures du principia et de toutes ses dépendances, praetorium compris ! Voilà qui permettrait de vérifier les progrès accomplis.
Rufus avait fait son deuil de sa relation avec Calpurnia, voilà plus d’un mois qu’il ne l’avait même pas aperçu et subitement à l’occasion d’un banal exercice d’application, il aurait l’opportunité de la voir peut être même de lui parler sans que cela ne paraisse suspect à qui que ce soit !
Il aura suffi de trois fois rien, un regard, un sourire, un mouvement de tête pour déclencher une étincelle qui enflamma à nouveau les braises juste tièdes d’un feu que l’on s’imaginait éteint à tout jamais. Rufus et Calpurnia se croisèrent dès la porte d’entrée du praetorium, quelques secondes à peine, pas un mot d’échangé, juste des yeux qui se parlèrent : « c’était trop bête, cela ne pouvait pas durer, il fallait faire quelque chose….Se revoir à tout prix ! »
Rufus profita de sa relative liberté de déplacement à l’intérieur des bâtiments officiels pour élaborer un plan. A la première occasion, dès qu’il serait suffisamment proche d’elle et pour peu que personne ne les observe, il lui glisserait le buxum suivant :
« Ce soir à la media nox, au lieu de notre premier rendez-vous. Rufus. Post-scriptum :
N’oublie pas de détruire ce message dès que tu l’auras lu »
Le message fut bien transmis et Calpurnia s’isola dans son cubiculum pour en prendre connaissance.
C’était de la folie ! Toute cette histoire, dès le départ était une véritable folie…
Calpurnia hésita longuement : si Frontinius les surprenait, ce serait terrible, il était capable de les faire mettre à mort pensait-elle, ignorant qu’il connaissait déjà son infidélité…Mais c’était Rufus, le seul homme qu’elle ait jamais aimé, son seul rayon de soleil dans ce camp de brutes cuirassées. Le souvenir de leur nuit commune emporta la décision, elle viendrait au rendez-vous.

Chaque soir, la fourmilière s’apaisait : toute la journée les fourmis légionnaires affairées circulaient à l’intérieur du camp. Un Dieu étranger les eut-il regardé du haut d’un nuage qu’il aurait aperçu des insectes à la carapace métallique circulant de façon apparemment anarchique dans toutes les directions. La nuit tombée, tout devenait plus calme, plus ordonné : les déplacements incessants de la journée faisaient place à des patrouilles et des postes de garde à l’exactitude minutée. Dans chaque centurie, quatre légionnaires sont désignés pour effectuer chaque tour de garde : ce ne sont pas moins de deux cent quarante soldats qui assurent simultanément la sécurité du castrum. Les gardes se succèdent à raison de quatre par nuit et l’horologiarius avertit les bucinae et les tubae du moment précis où ils devront sonner le changement de quart. Malheur au factionnaire qui serait surpris endormi : des circuitores rodent prêts à dénoncer aux tribuns tout assoupissement sacrilège. Il valait mieux au garde, s’il voulait éviter le pire lancer un sonore et dissuasif « quo vadis ? » afin de ne point être pris en faute. Se déplacer incognito dans ces conditions relève de l’exercice périlleux. Heureusement pour Rufus, sa connaissance du terrain et des habitudes du camp ainsi qu’une nuit sans lune facilitait son déplacement. Seul l’approche du principia pouvait poser problème mais les différents relevés qu’il avait effectués ces derniers jours s’avéraient utiles : chaque mur, chaque recoin, chaque angle mort lui était parfaitement connus. Il savait où et comment se déplacer, il n’avait juste qu’à se préoccuper des patrouilles.
Pour Calpurnia, le problème était différent : elle était presque sur place, il lui fallait attendre que son mari s’endorme puis elle éviterait soigneusement le quartier des esclaves pour enfin rejoindre son amant.
Cette nuit là, ils se firent une promesse…

C’est juste avant l’aube que Rufus rejoignit ses quartiers : il eut été imprudent de trop attendre, les premiers rayons du soleil auraient compromis son retour.
Malgré son excitation, Aurelius le jeune, vaincu par la fatigue, parvint à trouver le sommeil. Il fut réveillé presque aussitôt –lui sembla-t-il- par des clameurs confuses et inhabituelles autour du contubernium. Cadurcus tout excité pénétra dans le papillio :
« Tu ne devineras jamais ! Incroyable….Un meurtre vient d’être commis au praetorium ! »

Fin de la première partie…

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