 |
voir ou laisser un commentaire
[19]
Rufus, fils plutôt débauché d’un sénateur
romain est expédié dans le camp de la VIIIème légion
Auguste aux bons soins de Lucius Cornelius Jactor qui est chargé de
lui apprendre le métier d’agrimensor. Peu après son
arrivée au camp et s’être blessé au pied, il
fait la connaissance au valetudinarium de Calpurnia, la femme du légat
Frontinius. Une idylle voit le jour. Après avoir passé une
nuit avec Calpurnia, de bon matin, Rufus est réveillé par
des clameurs à proximité de la tente où il dormait…
2ème partie
«
Tu ne devineras jamais ! Incroyable….Un meurtre vient d’être
commis au praetorium ! »
A ces mots, Rufus blêmit : il ne savait pas pourquoi mais il en était
certain, elle était morte ! Le jeune patricien se leva d’un bond,
nu comme un ver, il se précipita à l’extérieur de
la tente avant de se raviser et de retourner chercher sa tunique. Sans prendre
le temps de se chausser, il courut comme un dératé en direction
du praetorium. Cadurcus que plus grand-chose n’étonnait, habitué qu’il était
aux excentricités multiples et répétées du père
Jactor, parut tout de même fort surpris : « Mais quelle vespa l’a
donc piqué ? »
L’entrée principale était sévèrement gardée,
bien plus que d’habitude…
Cela ne perturba pas Rufus qui savait comment pénétrer discrètement
dans les lieux. L’atrium du praetorium grouillait de monde, la plupart,
des esclaves de la domus. Un cercle au périmètre irrégulier
s’était formé autour d’un drap en lin blanc écru
dont la fonction actuelle consistait à cacher un corps qui gisait au
sol. Une minuscule tâche rouge foncé marquait le milieu exact
du drap : le sang avait imbibé le tissu puis s’était assombri
en séchant.
« C’est lui ! Je le reconnais !!! C’est lui l’assassin
! Je l’ai vu quitter les horti du praetorium très tôt
ce matin ! On aurait dit un voleur…. »
Une jeune esclave toute menue pointait un majeur inquisiteur en direction de
Rufus.
Antistia, la jeune servante germaine de Calpurnia était catégorique
: cette nuit là, dit- elle, elle avait souffert de problèmes
intestinaux ce qui l’avait obligée à rester la plus grande
partie du temps aux latrines. Vers la onzième heure de la nuit, enfin
presque apaisée, elle s’était décidée à rejoindre
sa couche. C’est à ce moment qu’elle l’avait aperçu
distinctement : sa silhouette, sa démarche, son visage, jusqu’à sa
tunique, la même, tout correspondait, elle était prête à le
jurer.
Deux statores d’un gabarit impressionnant étaient présents
depuis la découverte du meurtre. Ils se saisirent aussitôt du
pauvre Rufus. Leurs mains, deux étaux formidables, se refermèrent
impitoyablement sur les poignets bien frêles en la circonstance de l’infortuné jeune
homme qui fut traîné illico au statio.
Enfermé avec ses aides de camp dans son tablinum, Frontinius,
pour la circonstance ne paraissait pas effondré. Plus préoccupé par
sa dignitas, il semblait mobiliser toute son énergie pour se tenir
plus droit, plus impassible, plus « Auguste » qu’à son
habitude…
«
Qu’on aille me chercher Hermogène sur le champ, je veux
savoir la cause de la mort ! …Cuniculus, puisque tu commandes le
statio, je te charge de l’enquête, ce sera ta priorité absolue
! Et dispersez moi ces bons à rien qui rodent comme des vautours
autour du cadavre ! »
Hermogène d’Halicarnasse avait tout du noble vieillard.
Sa barbe blanche mangeait le bas d’un visage où les sillons
du temps avait définitivement supplanté les rides d’expression.
Son dos légèrement voûté par le poids des
ans et sa démarche de plus en plus lente trahissaient son âge
: trois fois vingt ans…
Le vieux grec était le médecin personnel de Frontinius
depuis que son ami vespasianus lui avait fait cadeau de cet esclave il
y a cinq ans déjà. Des événements aussi spectaculaires
qu’inattendus avaient fait de cet ami l’Empereur de Rome.
Hermogène s’était hâté et c’est
encore essoufflé qu’il se présenta à son maître.
Tous deux se dirigèrent vers le cadavre qui gisait au centre de
l’atrium.
Les importuns avaient été dispersés laissant le
maître et son esclave seuls auprès de la victime.
Frontinius souleva le linceul de circonstance. Hermogène eut un
mouvement de recul. Ce n’était pas la première fois
qu’il voyait un cadavre bien sûr et la plupart du temps cela
le laissait presque aussi froid que le mort en question. Mais là… C’était
le corps exsangue de Calpurnia ! La nièce de son ancien maître,
il l’avait mise au monde il y a de cela un peu plus de trente cinq
années. Il l’avait soignée et lui avait même
sauvé la vie quand, tout enfant, elle était tombée
gravement malade. Quand Frontinius et Calpurnia s’étaient
unis, Hermogène avait constitué le cadeau de mariage de « tonton
vespasianus ». Le vieux médecin ne put retenir une larme
et il savait qu’il lui serait très difficile d’examiner
sereinement le corps afin de recueillir un maximum d’informations
sur le meurtre. Sous le drap, le corps bleui était nu, il aurait semblé intact
s’il n’y avait eu cette longue balafre oblique sur le flanc
droit. L’inhabituelle blessure avait été consciencieusement
recousue et il avait fallu un moment pour qu’Hermogène d’Halicarnasse
ose envisager l’impensable…
Il lui fallait en être sûr, il sortit un scalpellum de sa trousse
chirurgicale et commença à faire sauter le fil qui avait servi à recoudre
la plaie. C’était bien ça ! Il manquait le jocur !
Le medicus prit sur lui pour continuer l’examen du corps après
quelques instants, il livra à son maître ses conclusions :
«
Ils devaient être plusieurs car elle n’a pas été assommée,
il y a des ecchymoses multiples au niveau de la bouche, des poignets, des épaules,
des genoux et des chevilles. Elle a été totalement immobilisée
et a été probablement violée car j’ai trouvé des
traces de sperme dans son cunnus et l’un d’eux….Oh par tous
les Dieux ! Elle devait être encore consciente… Quand l’un
d’eux avec une lame fine et aiguisée a pratiqué une ouverture
assez large dans le… »
Hermogène n’eut pas la force de terminer son compte rendu, il
s’effondra en pleurs.
|
 |