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Meurtre au Prætorium

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Lucius Gellius Cuniculus, le plus âgé des tribuns, en charge du statio et de l’enquête arriva à cet instant, il ne put que difficilement réprimer un haut le cœur quand il comprit l’ignominie de la nature du meurtre. Même les sacrifices les plus hideux pratiqués par les barbares n’atteignaient pas l’abjection de ce crime et le rituel sacrificiel consistant à examiner le foie chez les haruspices ne s’appliquait qu’aux animaux.
Le tribun reprit un semblant d’air martial pour annoncer d’une voix maladroitement forte :

« Légat ! Nous avons arrêté un suspect ! Il est au frais dans les geôles du statio.
C’est un civil qui se nomme Publius Aurelius Rufus, il se prétend fils d’un sénateur romain et il a été reconnu par une des esclaves de ta femme alors qu’il rodait à proximité immédiate du praetorium en fin de nuit…

- Je connais cet individu -rétorqua Frontinius- c’est bien un patricien fils de sénateur mais s’il s’imagine que cela va le sauver de la quaestior per tormenta et du châtiment qui l’attend s’il est coupable…Calpurnia était la nièce de l’empereur et la femme du légat de ce camp et j’entends tout mettre en œuvre pour que ce crime ignoble soit puni ! »
Frontinius s’était exprimé avec une froide détermination, sans une once de commisération pour celle qui fut sa femme pendant dix-huit ans comme si le cadavre qui gisait à ses pieds était celui d’une étrangère. Il semblait en fait presque plus irrité par le crime de lèse-majesté commis à son domicile que par la mort d’une femme que de toute façon il n’avait jamais aimé…

Dans le camp, l’annonce du crime et l’arrestation de Rufus se répandirent à la vitesse d’une charge de cavalerie gauloise. En l’espace de quelques minutes, la plupart des cinq mille légionnaires et des deux mille esclaves, affranchis et civils de passage connaissaient la nouvelle. Les commentaires allaient bon train : « le légat était cocu !.... Sa femme ? Une traînée oui !... Ce Rufus, plus doué avec sa mentula qu’avec une dolabra…Il paraîtrait, d’après les esclaves du praetorium, que le corps a été sauvagement mutilé !... Calpurnia aurait été éventrée….Brrrr !... Mais non ! Je sais de source sure qu’on lui aurait coupé les seins !... Moi, je vous le dis, c’est encore un coup de ces tordus de druides gaulois…Ils n’ont jamais accepté l’installation de ce camp de la légion à proximité d’une de leurs forêts sacrées ! »

L’arrestation de Rufus parvint tout aussi rapidement jusqu’au campement des evocati. Ce fut Cadurcus qui pour l’occasion se transforma en Mercure, porteur d’une néfaste nouvelle jusqu’aux oreilles d’un Jactor comme à son habitude bien peu matinal…
« Quoi ? Que dis-tu ? Si c’est une blague, Cadurcus, arrête de suite où je te promets un rapprochement percutant de ton tarin et de mon poing ! » Le plus méchant de tous les hommes devait une grande partie de sa réputation à son réveil « difficile », c’était un homme qu’il ne fallait pas contrarier de bon matin, son irascibilité ne fléchissant un peu qu’après les repas sous l’effet de la digestion.
« Que je ne touche plus jamais un dé si je te mens ! C’est la stricte vérité…Rufus est actuellement dans les geôles du statio, il a été reconnu par une esclave rodant cette nuit dans le praetorium ! »
Jactor devait bien se rendre à l’évidence, son protégé était dans de sales draps. La surprise et la gravité de la situation obligeaient son cerveau à émerger des nimbes de Morphée avec une célérité inhabituelle. Une seule certitude dans ce malstrom d’idées et de sentiments embrouillés : Rufus ne pouvait pas être un assassin !
Mais comment le prouver ? Trouver le véritable assassin bien sûr… Plus facile à dire qu’à faire ! Une enquête officielle serait menée avec d’autant plus de zèle que la victime était la propre femme du légat. Cependant les statores du camp ne sont pas véritablement réputés pour leur finesse d’esprit et leur sens de la déduction ! Et puis il y a le quaestoniarius et ses méthodes pour le moins brutales…Décidément, Rufus était dans une situation bien délicate ! Ne pas oublier, il faudrait avertir au plus vite son père…Mais quand celui-ci recevrait le courrier, l’affaire serait certainement jugée et si par malheur… Jactor n’osait imaginer le pire : le fils qu’un de ses plus vieux amis lui avait personnellement confié exécuté pour meurtre !!!
Il y a des jours néfastes comme celui là où les Dieux s’acharnent sur les pauvres mortels que nous sommes et s’amusent de nous, leurs pauvres marionnettes, avec la plus grande des cruautés.
Il fallut une longue expiration à Jactor pour s’extirper de ses sombres pensées. Le temps n’était plus aux lamentations, il fallait agir au plus vite !
« Cadurcus, file de suite au praetorium et tâche d’en apprendre le maximum sur cette lamentable affaire ! Pour ma part, j’ai quelques vieilles relations au statio qui doivent déjà traîner dans le meilleur thermopolium du vicus, il va bientôt être l’heure de passer à table !»

 

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