Legion VIII Augusta
- Accueil
Meurtre au Prætorium

- Roman

- Glossaire


voir ou laisser un commentaire [19] 

Les gosiers secs et les estomacs bruyants des légionnaires le savaient bien, c’était chez Fortunata que le vin était le meilleur et la pitance la plus goûteuse : son thermopolium implanté en plein centre du vicus ne servait pas de grands crus hors de prix mais un honnête petit vin gaulois qui flattait le palais tout en réchauffant agréablement le corps. La nourriture y était abondante, variée et de qualité ce qui changeait de l’ordinaire du camp. Une ombre au tableau toutefois, Fortunata volumineuse affranchie aimait l’argent, ses prix étaient élevés et elle ne faisait jamais crédit ce qui excluait de sa clientèle les tiros sans fortune ainsi que les joueurs de dés malchanceux et ruinés.

Le thermopolium de Fortunata paraissait encore plus petit qu’il ne l’était en réalité quand, chaque midi, une ruée de soldats, affamés l’hiver et assoiffés l’été, s’agglutinait dans les trois petits scripuli qui constituaient la partie restauration de son échoppe. Les comptoirs en forme de « L » comportaient d’énormes dolia en argile d’où s’échappaient des effluves qui faisaient frémir les narines, saliver les palais et grogner les estomacs.
Jactor le savait bien, c’était l’antre de Gaïus Bellijocus Maximus, l’optio des statores. L’imposant légionnaire avait été choisi pour seconder le tribun en charge de la police militaire de la VIIIème légion. Depuis déjà presque dix ans, les tribuns se succédaient à ce commandement avec une cadence folle tandis que Bellijocus régnait effectivement sur un petit monde d’une vingtaine de soldats choisis pour la plupart parmi les plus dissuasifs.

Dissuasif….C’était le qualificatif idoine pour ce vieil optio qui, bien que de taille moyenne, possédait un physique qui ne souffrait pas la moindre contestation. Des mains comme des battoirs, des pieds qui intimidaient même les postérieurs les plus endurcis et un regard qui martelait sans cesse : « Surtout, me fais pas ch… !!! »

Bellijocus Maximus n’était pourtant pas un ours. Cette carapace bourrue servait de protection à un être qui pouvait se montrer affable et prévenant pour peu que l’on ait gagné sa confiance. Il avait ainsi conquis de solides amitiés parmi les légionnaires de sa génération, la même que celle de Lucius Cornelius Jactor. Tous deux se connaissaient depuis plus de vingt ans, l’un plus ancien était devenu evocatus, l’autre de trois ans son cadet ne tarderait pas à suivre le même chemin. Leurs activités réciproques faisaient qu’ils n’avaient jamais la possibilité de se voir dans le castrum. A l’occasion, ils ne dédaignaient pas se retrouver « chez Fortunata » le quartier général « non-officiel » des hirci de la VIII.

Gaïus s’attendait à une visite de Lucius. Depuis l’arrestation de Rufus, il savait que le plus méchant de tous les hommes ne manquerait pas de venir aux nouvelles, son jeune protégé était en grand danger.

« Ecoute voir mon bon Jactor… Ton apprenti agrimensor est dans une des geôles du statio, il est accusé d’avoir commis un meurtre abominable en la personne de la femme de notre légat, une esclave l’a reconnu alors qu’il rôdait dans le praetorium à une heure où il n’avait strictement rien à y faire et il n’y a aucun autre suspect…. »

L’optio regardait fixement Jactor. Ses yeux trahissaient un mélange de résignation et d’exaspération. Pour lui, c’était clair : l’affaire se présentait mal. Après avoir vidé le fond de son calix, c’est un Bellijocus mal à l’aise qui poursuivit :

« Et puis, ce n’est pas tout….Je viens d’apprendre que Frontinius vient de rappeler le quaestionarius Iustior de Vesontio où il était chargé d’une enquête criminelle. Il devrait arriver au camp d’ici deux jours ! »

L’evocatus aurait dû s’en douter, c’était la procédure habituelle en cas de crime : la quaestio per tormenta était la façon la plus brutale mais aussi la plus simple de faire avouer un accusé. Il est fini depuis longtemps l’époque bénie de la République où les citoyens libres étaient exemptés de ce genre de supplice. Bien sûr, Rufus était fils de sénateur ce qui aurait suffi en temps normal pour l’exonérer de la torture mais la victime faisait partie de la famille des Flavii : c’était la nièce de l’Empereur.

Jactor essaya de rassembler ses idées. Depuis son réveil, il vivait un cauchemar…C’est qu’il commençait à bien l’apprécier ce Rufus. Il avait vu arriver il y a quatre mois à peine un jeune chien fou, fils d’un vieil ami romain et après une brève période de « dressage » il avait commencé à en faire son fils spirituel : il avait enfin trouvé un apprenti à qui il pouvait transmettre son savoir. Et puis, certaines attitudes du jeune homme ressemblaient à celles de Publius Aurelius Rufus l’Ancien, ce qui n’était pas pour déplaire à Jactor : « Ahhhh….Le bon vieux temps ! »
Mais le temps présent n’était pas à la nostalgie. Il fallait se secouer. Trouver une solution pour innocenter Rufus. A tout prix ! Et si jamais…s’il était vraiment coupable ? Pour quelle raison ? Ca ne rime à rien…Juste à embrouiller un cerveau déjà bien perturbé, il faut y voir un peu plus clair :

« Dis-moi, Bellijocus….Que sais-tu au juste sur cette affaire ?

- Ecoute voir…pour l’instant celui qui en sait le plus, c’est le tribun Cuniculus, il est chargé de l’enquête, tout du moins jusqu’à l’arrivée de Iustior…Ce que je sais ? Le corps de Calpurnia a été retrouvé ce matin à l’aube par un esclave du praetorium au beau milieu de l’atrium. Il parait que son foie a été enlevé…Ce qui est assez inhabituel tu en conviendras ! Enfin c’est Antistia une des esclaves de Calpurnia qui a déclaré avoir vu roder ton Rufus peu avant l’aube dans le praetorium. Ah…Oui…Encore une chose…Un des esclaves de Frontinius a disparu depuis ce matin mais on ne sait pas si cela a un rapport avec notre affaire… »

- Tu dis que le foie de Calpurnia lui a été enlevé ? Mais on dirait un rituel sacrificiel. Pourtant Rome interdit les sacrifices humains dans le cadre religieux depuis une éternité…Qu’est-ce que cela veut dire ?

- Et qu’est-ce qui te dit mon Jactor, que c’est un sacrifice humain ?
C’est peut être une vengeance ou un acte commis par un fou…Ou alors l’assassin cherche à brouiller les pistes… »

précédent  

 

Accueil
(haut de page)

 

 

Légion VIII Augusta® est une marque déposée auprès de l'INPI
Copyright © 2000 - Légion VIII Augusta® Tous droits réservés. Conditions d'utilisation - Confidentialité

Page générée en 0.016 secondes.