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Meurtre
au Prætorium
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[19] Décidément, quelque chose ne collait pas dans ce meurtre songea le plus méchant de tous les hommes : pourquoi ce spectacle malsain ? Cette mise en scène d’un cadavre auquel on avait ôté l’organe le plus noble au beau milieu du praetorium ? Y avait-il un message adressé au légat dans l’assassinat de sa femme ? Mais que vient faire Rufus dans cette sombre histoire ? Pourquoi traînait-il en pleine nuit dans les jardins du praetorium ? Il n’était quand même pas l’amant de Calpurnia ?...Non !!! Mille questions et aucune réponse. Tout cela s’embrouillait dans la tête du pauvre Jactor. Depuis son réveil, il n’avait rien avalé et les odeurs de chevreau rôti qui se dégageaient des cuisines picotèrent ses fosses nasales : elles rappelaient à son corps qu’il était temps de s’alimenter, de toute façon, il n’avait pour l’instant rien de mieux à faire. Gaïus et Lucius mangèrent ensemble, la même chose
: « Ca fera deux sesterces mes petits chéris ! » l’opulente Fortunata n’hésitait pas à se rappeler aux bons souvenirs des consommateurs en fin de repas. Plusieurs fois, des légionnaires avaient quitté la table en oubliant de payer leur dû ce qui l’obligeait à chaque fois d’aller en rouspétant signaler « l’oubli » au statio. Ce genre de réflexe était devenu une manie dont se gaussaient plus ou moins discrètement les habitués du thermopolium. La gargotière possédait un tour de taille des plus volumineux
qu’elle essayait tant bien que mal de cacher sous une ample tunique
de laine sombre. Comme pour faire diversion, elle se maquillait outrageusement
soulignant ses yeux fatigués avec du noir de charbon et ses
joues rebondies avec de la terre d’ocre. Coiffée simplement,
ses cheveux étaient tressés et formés en chignon,
elle ne savait certainement pas que cette coiffure était passée
de mode depuis bien longtemps à Rome. Son commerce était
florissant et au cas où quiconque en aurait douté elle
se chargeait de le montrer à tous en arborant ostensiblement
colliers, boucles d’oreilles et bracelets en or. Pour en rajouter
une couche, chacun de ses sourires affichait deux fausses dents du
même métal ce qui faisait dire aux mauvaises langues à propos
de son haleine que l’argent n’a pas d’odeur contrairement à l’or… Dans les geôles du statio, un jeune homme tutoyait les profondeurs du désespoir. Non seulement la femme qu’il aimait avait été assassinée mais en plus, il était accusé du meurtre. Rien dans sa vie antérieure de petit privilégié romain ne l’avait habitué à ce genre de coup du sort. Une enfance dorée dans les stolae de maman, une adolescence insouciante de patachon patricien et voilà qu’à vingt ans à peine, sa vie risquait de s’achever dans l’infamie d’une condamnation à mort pour assassinat… «
Si mon père l’apprend, il me tue c’est sûr
! » marmonna-t-il avant de réaliser, au vu des circonstances,
la stupidité de sa réflexion. «
Alors comme ça on ne connaît pas le quaestionarius Iustior
? Tu verras mon grand ! C’est un être charmant, plein d’attention
pour ses « patients »…Et puis l’homme n’est
pas dépourvu d’imagination ni d’instruments originaux
d’ailleurs ! » S’ensuivit une volée de rires
nauséabonds qui glacèrent le sang de Rufus : il n’en était
pas absolument certain mais il lui semblait bien que son futur proche
risquait de lui être très désagréable, quant à son
avenir plus lointain…Il n’osait même pas l’envisager.
Sa vie était si douce à Rome !!!
De retour au campement des evocati, Jactor croisa Cadurcus qui lui fit son rapport : rien de plus que ce que lui apprit Bellijocus maximus. A part le nom de l’esclave qui avait disparu : un certain Ajax… |
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