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Quatre mois après son arrivée au camp
de la légion VIII Augusta, Publius Aurelius Rufus le jeune, sa
formation achevée, était désormais prêt à retourner à Rome,
sa chère Rome, le seul endroit du monde où il se passait
des choses dignes d’intérêt, le reste de l’Empire
n’existant que pour sa plus grande gloire. Son exil forcé l’avait
amené à reconsidérer ce point de vue qui était
bien souvent celui des jeunes aristocrates romains qui croyaient tout
connaître et tout savoir sur ce que devait être leur monde
compris entre le Capitole, le forum, le Cirque Maxime et le quartier
de Subure. Bien sûr, certains d’entre eux voyageaient, les
jeunes patriciens, partaient souvent étudier la philosophie à Athènes
ou presque toujours faisaient leur service militaire comme tribunus laticlavius,
courte étape mais indispensable de leur cursus honorum, ils avaient
donc l’occasion de voir du pays... Aucun d’entre eux, cependant,
n’avait pu vivre autant d’aventures extraordinaires en aussi
peu de temps. Exilé dans un camp de légionnaires perdu
au fin fond de la Gaule, Rufus avait aimé, avait été accusé de
meurtre puis torturé, s’était retrouvé bien
malgré lui au cœur d’un complot destiné à assassiner
l’empereur, il avait l’impression d’avoir plus vécu
de choses en quelques mois que pendant les vingt premières années
de sa vie.
Il laisserait en Gaule des amis bien différents de ceux qu’il fréquentait à Rome,
le sens qu’il donnait désormais au mot amitié avait évolué :
il ne suffit pas de se ressembler pour que vive une amitié profonde et
réelle.
Il en aurait des choses à raconter à ses sœurs, à sa
mère –dont il cacherait soigneusement les épisodes les plus
pénibles- et même à son père, l’ami de Jactor,
le plus méchant de tous les hommes. Quant à ses amis romains, le
croirait-il seulement ? Tout cela paraissait tellement énorme… Ce matin là, Publius Aurelius Rufus le jeune venait de faire
ses adieux à ses amis de la VIIIème Augusta : Pollex
qui l’avait si bien soigné par deux fois, Jactor qui lui
avait tant appris, Cadurcus qui tint à tout prix à lui
faire cadeau d’une paire de dés en bois, un cadeau d’importance
pour l’affranchi et joueur invétéré. Il évita
soigneusement le praetorium et son légat qu’il avait quand
même cocufié…son baluchon sur l’épaule,
il franchit la porta praetoria saluant au passage les gardes en faction.
A quelques pas de là, un regard insistant se posa sur le jeune
homme. Le quaestionairus Iustior, prenait l’air, il venait juste
d’en finir avec une demi douzaine de ses clients :
«
Tiens ? Le jeune Aurelius Rufus sur le départ !
Quel sympathique jeune homme que le hasard
A confié entre mes mains, malheureusement
Il m’en a gardé quelques griefs surement…
Ah ! Monde cruel et injuste qui fait que
Tous ces jeunes gens que je fréquente risquent
De n’avoir pour moi aucune sympathie réelle
Tout cela rend ma pauvre vie bien cruelle ! »
On aurait cru deviner comme un soupçon de larme au coin de l’œil
du plus terrible des bourreaux de l’empereur.
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