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« Fils indigne ! Dégénéré lubrique
! Voyou de la pire espèce ! Trois fois ! Trois fois en moins d’un
mois que les Vigiles de
la IIIème cohorte te ramènent aux premières
lueurs de l’aube ! Aux portes de ma domus, ivre mort comme de bien
entendu ! Couvert de plaies et de bosses….Car… Non content
de courir les plus sales des Lupae de
tout Subure avec
tes abrutis de camarades, tu te permets, en plus, d’insulter les Vigiles de
nuit ! Et tu t’imagines, parce que tu es fils
d’un des sénateurs les plus influents de Rome, que tu peux
tout te permettre !
Mais j’en ai plus qu’assez ! De toi… et de tes frasques
continuelles ! Des supplications de ta pauvre mère qui te trouve
toujours des excuses ! Du centurion de la IIIème cohorte que j’arrose
régulièrement d’une bourse remplie de sesterces pour
qu’il oublie de signaler tes frasques à la justice !
Tu me fatigues ! Tu m’exaspères ! Mais ô mânes de
mes ancêtres, que vous ai-je donc fait pour mériter pareil
rejeton ?
Cela suffit donc ! Moi, Publius Aurelius Rufus, ton pater familias, je
viens de prendre une importante décision te concernant ! Et regarde-moi
quand je te parle…
Toi, mon fils, dès demain, tu quittes Rome pour la Gaule où tu
rejoindras le Castrum de
la VIIIème légion Auguste. Là, tu seras confié à mon
vieil ami Lucius Cornelius Jactor, Evocatus détaché au
corps des Agrimensores.
Je vais lui rédiger une lettre, que tu lui remettras dès
ton arrivée sur place. Il sera chargé de faire de toi un
citoyen romain et de t’apprendre le noble métier de géomètre
arpenteur. Tu remettras aussi une autre lettre « plus officielle » à Sextius
Julius Frontinus le tout nouveau légat de
la VIIIème légion récemment nommé à ce
poste par Vespasien. Ton rang pourrait te permettre de prétendre
au poste de Tribun
laticlave, mais tu portes mon nom, bien mal d’ailleurs, et
je ne supporterai pas le déshonneur d’une conduite indigne
de ta part au sein de l’armée !
Va faire ton paquetage, dire adieu à ta pauvre mère et à tes
sœurs, puis profite bien de ta prochaine nuit de débauche à Rome…Ce
sera la dernière !
Demain matin, je te conduirai personnellement à Ostie où tu
embarqueras sous mes yeux pour Massilia… »
C’est ainsi que Publius Aurelius Rufus le jeune
fit le plus long voyage de sa courte existence. A vingt ans à peine,
c’était la première fois que Publius s’éloignait
de plus de dix Milles de
Rome. Ce périple interminable fut l’occasion pour lui de
se lamenter sur son sort, de ruminer à l’injustice, de blâmer
les Dieux et son père, de fulminer contre cet augure qui ne lui
avait certainement pas prédit ce terrible coup du sort…Et
puis, ce Lucius Cornelius Jactor ? Il ne l’avait vu qu’une
fois, brièvement, dix ans plus tôt, une éternité quand
on a vingt ans.
Rufus « l’ancien » parlait souvent de lui comme d’un
vieux compagnon d’armes et invariablement, lors des repas un peu
arrosés, levait un verre, quelquefois même plusieurs « Au
plus méchant de tous les hommes ! » le tout avec un sourire
de contentement qui laissait systématiquement perplexe Rufus « le
jeune ».
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